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 Histoire des cafés de Budapest

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pipacs
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Nombre de messages : 1530
Date d'inscription : 20/09/2005

MessageSujet: Histoire des cafés de Budapest   24.02.06 23:03

à l'institut hongrois de Paris , le 1er Mars, un spectacle sur le thème des cafés de Budapest:
et à Toulouse le 3 mars



CAFÉ, QUE J’OUVRE TA PORTE…”
"te kávéház ... hadd nyissam ki az ajtód"

LE CAFÉ NEW YORK ET SA PLACE DANS L’HISTOIRE DE CAFÉS DE BUDAPEST

Le café New York aujourd'hui

Parmi les cafés de Budapest, à chaque époque un ou deux ont occupé une place exceptionnelle non seulement dans la structure de la ville, mais aussi dans l’esprit des citoyens. Un des plus importants était le Café New York – non seulement à cause de son titre « le plus beau café du monde » mais aussi comme berceau de la littérature moderne et du film hongrois.
Pourquoi et comment est-il devenu un lieu de culte ? Quelle coïncidence, quelle communauté de quels humains fallait-il pour que le New York nous vienne en premier dans la tête lorsque nous entendons le mot ‘café’ ? Est-ce que la mémoire commune garde son image vraie et fidèle ? Et pourquoi une ville a-t-elle inévitablement besoin de cafés ? De celui-ci, exactement ? La conférence prononcée par Noémi Saly, historienne de la littérature, spécialiste de l’histoire des cafés, cherche les réponses à ces questions.
texte institut


Arrow Les textes cités et la plupart des documents ci après sont extraits de cet excellent ouvrage:


Parler des cafés de Budapest, c'est parler d'un passé qui n'est plus et dont l'existence même a laissé peu de traces. La culture du café était au début du siècle aussi florissante à Budapest qu'à Vienne ou à Paris. Cette culture, vieille de plusieurs siècles (introduite en Hongrie par les Turcs dès le xvie siècle), n'a pas survécu aux soubresauts de l'histoire et s'est éteinte sous le régime communiste.
Pour évoquer les cafés littéraires qui existaient autrefois à Budapest,on peut distinguer que: d'une part, les cafés littéraires, ou plus largement, les cafés d'artistes, ne constituaient qu'un élément de l'univers des cafés; d'autre part, le Grand Café (Kávéház) n'était qu'un des établissements - le plus important - fréquentés par le public citadin des cafés.
Parmi tous les établissements existants, il y avait en premier lieu les petits cafés, qui offraient au maximum une table de billard, peu ou pas de journaux, et où l'on pouvait consommer ou emporter des plats chauds bon marché. Ils étaient deux fois plus nombreux que les grands cafés. Il convient également de citer les buffets qui s'installèrent à Budapest dès le début du siècle et dont le nombre ne cessa de croître. C'est dans les années trente que le véritable concurrent fit son apparition, le bar express qui, par l'exiguïté de sa surface, la rapidité de son service, impulsa un nouveau rythme à la vie de la métropole, et une nouvelle philosophie du café, radicalement différente de celle du grand café. Le bar express fut le seul établissement qui survécut sous le régime communiste. Il offrait un service très limité mais il demeura.) Il convient enfin de citer les «cukrâszda» (pâtisseries où l'on peut s'asseoir et boire du café). En 1880, on en dénombrait cinquante et entre les deux guerres, déjà cent cinquante. Le grand café, avec l'apparition du café restaurant et dès 1910, de plus de mille petits restaurants, rencontra une vive concurrence.

Tous les cafés de grand renom contribuèrent à l'épanouissement de la grande littérature hongroise, et dans un certain sens, à son éclosion. Citons en premier lieu le café Central et le New York.


la "table des scientifiques" au café Central

salle de restaurant du café NewYork, rebaptisé café Hungaria en 1954, 1964


C'est dans ce dernier qu'à partir de 1890, Jôzsef Kis s'installa pour rédiger sa revue «A Hét » (La Semaine), dont les colonnes virent défiler la future génération des grands talents de la littérature. Ces deux cafés sont également liés à la revue «Nyugat» (Occident), créée en 1908, revue qui constitua le forum de la modernité littéraire hongroise.


On peut ensuite énumérer une dizaine de cafés (l'Abbázia, le Balaton, le Baross, le Bucsinszky, le Hadik, le Japán, le Lánchíd, le Palermó, le Philadelphia, le Simplon) qui servirent de salle de rédaction à de nombreuses revues et de lieu de vie à beaucoup de grands écrivains.

la terasse du café Japán en 1912

On pourrait élargir à cinquante le cercle des cafés littéraires si l'on recensait tous ceux qui ont accueilli des écrivains ou des rédactions de revue jusqu'à nos jours.

(....)Les grands cafés étaient d'immenses espaces (au moins 150 m2) inondés de lumière et très hauts de plafond, ils possédaient au moins deux tables de billard et, comme ailleurs en Europe, un grand nombre de quotidiens et de revues en plusieurs langues étaient mis à la disposition des clients. La plupart d'entre eux restaient ouverts jour et nuit, surtout ceux qui se trouvaient au centre ville sur les grandes artères, telles l'avenue Andrássy (les Champs-Elysées de Budapest) ou l'avenue Râkôczi; avec les cafés des rues adjacentes, moins spacieux, ils qua¬drillaient toute la ville. Leur nombre oscillait au début du siècle entre trois cents et trois cent cinquante et lors du millénaire de la Hongrie, en 1896, on en recensa près de six cents. Leur nombre diminua pendant la Première Guerre mondiale mais on en comptait encore plus de deux cents au début des années trente et en 1944, lors de l'invasion allemande, il en restait cent cinquante. Leur clientèle ne s'était jamais tarie mais elle s'était tournée vers d'autres établissements, souvent concurrentiels.

à l'heure des lois anti-juives et en 1944, les cafés de Budapest restèrent comme des îlots de dignité humaine et de culture au milieu de la ville qui sombrait.
La plupart des cafés ne tardèrent pas à renaître de leurs cendres. Dès le 18 février 1945, tandis qu'à Buda on se battait encore, le café de Miklós Rónai, le Belvárosi, fut le premier établissement public à rouvrir ses portes, on brûla les vieux meubles pour se chauffer et on servit de la soupe chaude aux clients. La ville ressuscitait, les cafés aussi et la littérature s'y réinstallait.

le Central kavéhaz aujourd'hui

En particulier dans le célèbre Central où les jeunes talents se retrouvaient, écrivaient et rédigeaient leur nouvelle revue, bientôt censurée, «Ujhold» (Nouvelle Lune).

Parmi eux, Ivan Mândy, István Ôrkény, la grande poétesse Agnes Nemes Nagy, ou bien encore Ferenc Karinthy, qui lutta jusqu'à la fin de sa vie pour les cafés.

(...)Cinquante ans ont passé. Budapest compte aujourd'hui autant de grands cafés qu'il y a deux siècles : dix. Une partie de la vie culturelle hongroise d'aujourd'hui porte dans ses entrailles ses cafés disparus.(...)




Arrow Le café vu par Desző Kostolányi


croquis de Desző Kostolányi par Frigyes Karinthy sur le marbre de la table "Pesti Napló"(journal de Pest) au café Balaton , 1935


"(...)Tout ce qui advient sur cette terre se passe ici. À de petites tables, les étudiants préparent leurs examens, étudient l'anatomie, le droit, la littérature. En quelque sorte une université libre. À de plus grandes tables, on disserte sur l'esthétique, la philosophie, l'architecture, la linguistique, la psychologie, la botanique, la pharmacologie. Je dois informer l'homme de Budapest qu'il peut se procurer de l'aspirine non seulement au café mais aussi, de temps à autre, à la pharmacie. J'ose à peine parler de la littérature. Le premier habitué des cafés fut Sândor Petöfii. Puis la littérature hongroise s'est développée avec l'industrie du café. Ce sont dans les cafés qu'éclatent et s'apaisent les révolutions. Il revient aux futurs historiens d'établir l'influence de la consommation de café sur les poèmes, les nouvelles, les articles, de savoir qui buvait de la caféine et qui de la chicorée. Si la littérature faiblit, le café noir se fait moins fort. Nous ne savons pas dans quelle petite chambre au mois logeaient nos génies. Beaucoup de nos écrivains se contentaient d'un lit. Mais il faudrait apposer une plaque commémorative dans chaque café.
Après les bains turcs, le café hongrois est la première de nos particularités orientales. Nous y passons notre vie. Nous le connaissons à toute heure du jour, sous toutes les lumières, comme d'autres connaissent leur intérieur, de bon matin à sept heures comme de nuit à trois ou quatre heures et demie, quand on range les chaises sur les tables. Il y a l'heure des employés de bureau (le matin de sept à huit), celle des avocats (de huit heures à neuf heures et demie), celle des médecins (de neuf heures et demie à dix heures et demie), celle des petits bourgeois (de midi et demie à trois heures), celle des familles (de quatre heures à sept heures du soir), celle de la sieste (de sept heures et demie à onze heures), celle des noceurs (de onze heures à deux heures du matin), celle des artistes (de deux heures à trois heures et demie) et celle des hommes d'affaires (à toute heure). Un de mes amis laissait sa veste d'intérieur grise au café, il y avait sa bibliothèque et ses médicaments, et tous les jours sans un mot, le serveur lui apportait sa valériane et son livre, ouvert à la page où il l'avait abandonné la veille. Je connais des cafés qui arborent une bannière noire lorsque meurt un de leurs habitués. Le café est notre atrium.(...)"

:idea:Voir ce Arrow lien sur l'histoire des cafés de Budapest (en hongrois)


Pipacs

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