Forum sur l'amitié entre les peuples d'Europe Centrale et d'Europe Orientale

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 Souvenirs (suite)

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bor
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MessageSujet: Souvenirs (suite)   22.04.16 12:47

Mon petit doigt m'a dit...:
Bakonyi va très prochainement nous fait le plaisir de reprendre ses souvenirs
commencés là http://www.hongrieforum.com/phpbb/viewtopic.php?t=3272

et arrêtés suite fermeture
de ce forum en 9/2009.

D'avance, grand merci à lui!
flower
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lebedias
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   23.04.16 18:02

Bonjour à toutes et à tous.
En voilà une bonne nouvelle !
Je me réjouis de lire la suite de ce fabuleux récit.
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lebedias
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   24.04.16 22:27

Je viens de relire avec délice la première quinzaine de page de cette épopée.

A chaque post, j'ai envie de répondre, mais bien entendu ceci est impossible.
Je m’aperçois que sans connaître tout ce que notre cher Bakonyi nous narre, mon ressenti s'affole.
Nos vacances d'été à Badacsony Tomaj (au nord du Balaton) ont débuté en 1995.
Je dois bien avouer que nous qui aimions à l'époque des vacances pas trop chères.
Nos enfants parlant allemand, ils était facile à l'époque de trouver des petits camarades est-allemands dans les campings de la Riviera hongroise.
Le deal avec les enfants était le suivant, un jour au camp avec les amis et le lendemain, visite ou promenade dans le pays qui nous accueillait et que nous devions connaître et reconnaître.

Mais voilà, à Badacsony Tomaj la grille à laquelle on accroche un cadenas dit que cet acte nous lie au Balaton pour toujours !
Nous avons donc fini par acheter une petite maison pas trop loin du lac.
Zs.
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bor
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   24.04.16 23:39

Ravi de vous revoir à cette occasion, cher Lebedias!
lebedias a écrit:
A chaque post, j'ai envie de répondre, mais bien entendu ceci est impossible.
Rien n'est impossible, avec un copié/collé pour citer les passages relatifs à ce que vous désirez exprimer
Essayez donc, car ce "tir croisé" pourrait être très instructif et plaisant - en attendant Bakonyi,
ce pourrait même être une manière de l'encourager.
Nous invitons tout le monde à s'exprimer, partager!

Vous pourriez vous-même lancer vos souvenirs
mais votre participation ici peut l'équivalloir
Merci pour ces quelques mots
et ceux à venir, bientôt...
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Bakonyi
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   25.04.16 16:18

J'ai l'impression que vous êtes en train de me forcer la main ! Je dois avouer que vous n'êtes pas les premiers .
Une copine du collège , que je n'ai pas revue depuis 65 ans , me demandait la même chose . Elle était curieuse de savoir , comment je me suis retrouvé dans le même collège qu'elle , au fin fond de la France profonde ,en Corrèze
Bon , je vais m'exécuter , oh pas avec une balle dans la tête , mais avec le clavier de l'ordinateur . Mais il faudra être patient , parce que ce n'est pas facile de reprendre ce récit , après une interruption de plusieurs années .
Il est vrai , qu'il y a deux ou trois ans , j'ai fait quelques essais , des esquisses , mais je dois mettre en ordre , compléter tout ça .
Alors , un peut de patience , s'il vous plait , j'ai déjà commencé , mais ce n'est pas facile . Laissez moi quelques jours , et je vous promet , ça va venir .
Zsàk , je suis très content de te revoir sur le forum . Il me semble que , de loin , tu suivais ce forum . Alors s'il te plait , ne nous laisse pas tomber .
Bonjour à tous , et à bientôt pour la suite
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pipacs
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   25.04.16 16:56

ravie de te revoir également  cher Zsák et j'attends avec impatience le récit de vos souvenirs Bakonyi et toi Lebedias....

_________________
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Bakonyi
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   29.04.16 10:15

C'est pour ce remettre dans le bain pour la suite . Nous somme en été 1945 , la guerre est finie .
Nous sommes dans un grenier , à Unterperfuss , à une dizaine de kilomètres à l'ouest d'Innsbruck .
Et puis , pourquoi le cacher , cela me permet de gagner ou deux jour pour mettre au point la suite .







Cela a commencé parce que notre voisin de dessous , le russe , nous a raconté qu'à Landeck , il y avait un camp de réfugiés . Ce camp était géré par l'UNNRA , ( créé à l'origine , en nov.1943 , pour aider les réfugiés juifs , qui plus tard aidait les réfugiés de tout bord . A été remplacé par O.I.R , organisation internationale pour les réfugiés en 1948 ) . Il disait qu'ils étaient bien nourris , mais que ces gens , surtout les russes , se plaignaient de ne pas avoir de plats de « chez eux » . Autrement dit , des plats à base de choux . Ils étaient prêts à payer cher pour avoir des choux .
Nous , nous avions notre bulgare, qui en vendait . Alors , un jour nous avons fait un essai . Nous avons acheté cinq choux et cinq chou-raves ( karalàbé ) , nous avons mis tout ça dans une valise , et nous avons pris le train , direction Landeck . Ce n'était pas bien loin , à environ 55 kilomètres . Voyage assez rapide , à part la traversée d'Öetztal . Le pont qui enjambe cette gorge profonde au fond de laquelle coule l'Ötz , a été démoli plusieurs fois par les bombardements . Pont métallique , qui devait être provisoire . D'ailleurs , à la gare la plus proche , un autre pont de même taille était entreposé , sans doute déjà prévu pour le remplacement du pont en cas d'autres bombardements . Mais la fin de la guerre a rendu ce pont inutile , et il restait là , envahi par les herbes .
Mais les alentours de ce pont était un spectacle désolant . Sur un kilomètre à la ronde , pas un arbre debout . La hauteur de troncs ne dépassait pas deux , trois mètres . Et tous ces moignons étaient hachés par les éclats des bombes . Je ne peux même pas imaginer les tonnes et les tonnes de bombes qu'il a fallu déverser pour arriver à ce résultat . Une belle forêt de sapins anéantie , une vision apocalyptique .
Arrivés à Landeck , nous avons trouvé le camp assez facilement . C'était un ancien camp de la Wermacht qui abritait les réfugiés . C'était en bordure de la ville , au pied de la montagne . Entouré d'une clôture en grillage qui comportait pas mal de trous . Nous savions qu'il ne fallait pas passer par le portail , gardé par le service de sécurité du camp . Les gardes demandaient un papier autorisant l'entrée . Alors nous faisions comme tout le monde , nous sommes passé par un large trou dans la clôture . Le camp , ou comme nous l'appelions Lager , comportait une bonne vingtaines de baraques . Nous avons trouvé l'ami de notre voisin assez facilement . Il nous a guidé , et en moins de rien nous avons vendu nos choux . Le commerce était assez fructueux : le chou de 1 mark , nous le vendions à 5 marks ; le karalàbé de 50 centimes nous était payé 2 marks .
Mais tous nous demandaient du sel . A ce moment , en Autriche , au Tirol , le sel était très rare .
Nous ne nous sommes pas attardé ce jour-là , projetant revenir sous peu .
Nous avons su que à Hall , il y avait une source très salée . Les gens l'utilisaient pour la cuisine , pour saler les aliments . Alors un jour , nous avons ramassé quelques bouteilles , et nous sommes partis, B.bàcsi et moi , pour voir ce que nous pouvions faire avec cette eau . Innsbruck n'était pas loin , et là nous prenions le tram pour aller jusqu'à Hall . Notre première visite était pour le camp des hongrois . Nous y avons trouvé les deux jeunes mécaniciens . Ils nous ont raconté pas mal d'anecdotes . J'y reviendrai plus tard . D'ailleurs , ils s'apprêtaient pour rentrer en Hongrie dans un ou deux mois . Nous ne les avons plus revu .
Nous sommes allé remplir nos bouteilles à la source . Il n'y avait personne à part nous . C'était gratuit , je crois qu'il n'y avait même pas de gardien . Mais alors en revenant , elles étaient lourdes ces bouteilles ! Le lendemain , nous avons entrepris de faire du sel . Nous avons versé l'eau salée dans une espèce de bac large en aluminium , et nous l'avons mis à bouillir sur le poêle . Il faisait chaud ce jour-là sous les tuiles . Je transpirais en surveillant l'eau qui bouillonnait . Elle devenait petit à petit épaisse . De plus ne plus épaisse . A force de chauffer , ça devenait du sel . Un sel bien blanc . Ce jour , nous en avons « récolté » deux kilos au moins . Et le sel à ce moment valait 15 mark le kilo dans le Lager de Landeck .
Un jour paraît une annonce dans le journal d'Innsbruck : l'armée française , la Croix Rouge , distribue des colis d'alimentation aux réfugiés . Ma mère va à Innsbruck . Et oh ! Miracle , revient avec un carton rempli de « victuailles » ! Un colis que la Croix Rouge française envoyait aux prisonniers de guerre français , et que les allemands n'ont jamais distribué . Des aliments qui dormaient là depuis deux , voir cinq ans . Chocolat , macaronis , fromage , conserves de viande , confiture , cigarettes , sardines . Je ne sais plus . Quelle fête !
A la fin du moi de juillet , nous avons eu deux journées pluvieuses , froides . Nous restions autour de notre poële à nous chauffer . Et le premier août , encore dans le lit , nous sentions le froid piquant . Pourtant il faisait très clair . En effet , un soleil radieux , mais surprise , tout était blanc : la neige . Les champs , la route , tout était recouvert de neige . Et un froid de canard . Pour midi , il ne restait pratiquement plus traces de neige , au soleil il faisait bon . Mais cela m'a un peu choqué . Que va se passer en hiver , quand il y aura un mètre de neige et il fera moins 15° ? Qu'allons nous devenir avec notre petit poêle sous les tuiles , dans un grenier où il fera aussi froid que dehors ? Et la vie reprenait son cours normal .
Corvée de bois , ramassage de champignons , fabrication de sel , commerce à Landeck , et aussi les vols . Le maïs qui était maintenant bien mur , mais aussi des haricots verts , que nous allions cueillir dans les champs de maïs . Et plus tard des haricots à égrener . Nous les égrenions au fur et à mesure de la cueillette , et mettions les grains de haricots dans les poches ou dans un petit sec . Vers la fin du mois d'août , nous allions aussi « ramasser » des pommes de terre . Mais ça , il fallait faire la nuit . Nous ne pouvions pas risquer de nous laisser surprendre en train de déterrer des pieds de patates encore bien verts . Ah ! Ces expéditions de nuit ! Je me souviens .
Vers dix onze heures du soir , nous traversions rapidement la route devant la maison , et entrions dans le champs de maïs en face . Nous allions jusqu'à l'autre bout de ce champs . Dans le silence profond de la nuit , les feuilles de maïs que nous frôlions faisaient un bruit infernal dans mes oreilles . Je me disais que cela devait s'entendre à des kilomètres à la ronde . Alors je mettais en pratique ce que j'ai appris chez les scouts , pendant les jeux de nuit : faire une dizaine de pas rapides puis un arrêt brusque . Et on tend l'oreille pour écouter un éventuel poursuivant . Et je progressais comme ça , dix pas un arrêt , cinq pas un arrêt , et de nouveau dix pas . En somme je jouais à l'indien en fuite . Mais je dois dire que je n'en menais pas large . La peur me faisait transpirer . Toutefois la faim était la plus forte . Et cette faim incitait à prendre des risques . Je ne peux pas oublier que la guerre , les restrictions , et aussi le peu de collaborations des autochtones m'ont obligé à devenir voleur . Je regrettes cette attitude , parce que nous étions tous perdants . Les tyroliens pouvaient gagner de l'argent , nous en avions suffisamment pour payer les denrées bien chers , et nous ne serions pas devenus voleurs . Que des avantages pour tous . Et en plus , de toutes façons , nous mangions leurs produits .
Nous allions à Landeck presque chaque semaine . Nous avons fait connaissance avec le camp ( on disait Lager ) , et aussi avec les hongrois qui s'y trouvaient . Il y avait environs 2500 personnes réfugiées dans une trentaine de baraques .
Je vais donner l'organisation du Lager , comme mes souvenirs me le permettent . Pour diriger , il y avait au sommet . six officiers UNNRA , en uniforme américain , mais avec le sigle UNNRA . Un americain , un français , un belge , un hollandais , canadien et un anglais . Chacun de ces officiers avait son rayon : ravitaillement , discipline , comptabilité , services techniques , relation avec les autorités du pays , et ,bien sur le capitaine ( l'americain ) qui couronnait tout .
La grande majorité des réfugiés étaient russes ( d'Ukraine , de Crimée , des biélorusses ...) , mais aussi des serbes (peu nombreux ) et environ deux cents hongrois . Le chef des réfigiés , l'interlocuteur privilégié des officiers , qui avait son bureau à coté des officiers , était un hongrois de Transylvanie , le Comte S. . Le chef des pompiers était aussi un ingénieur hongrois , et le chef pour les installations électriques ( très vétustes et très fragiles ) était aussi un capitaine du génie hongrois . La boulangerie , la boucherie et les cuisines étaient dirigées par les ukrainiens . Quelques hommes de confiance gardaient l'entrée principale du Lager . Simple formalité , tout le monde pouvait entrer et sortir librement . Il n'y a que les véhicules qui sortaient qui étaient controlés , pour éviter les vols . De toutes façons , la cloture avait des trous béants tous les quinze mètres , par où n'importe qui pouvait passer .
Les baraques avaient des chambrées de douze à l'origine . Huit chambrées par baraque . Alors pour avoir tant soit peu d'intimité , elles étaient divisées par des couvertures pendues au plafond , et ces « chambres «  étaient occupées par une famille ou des groupes de célibataires .
Je reviens à notre grenier . L'automne arrivait . Le froid aussi . Il fallait se décider . Partir bien sur , mais où ? Sans parler qu'en hiver , plus question de se ravitailler dans les champs . Alors , à la longue ma mère a admis la nécessité d'aller dans un camp de réfugiés . Elle préférait Landeck à Hall. Parce que à Landeck elle allait trouver des russes , elle pourra parler en russe . Renouer avec sa langue maternelle . Notre séjour à Unterperfuss touchait à la fin .
Bakonyi
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bor
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   29.04.16 15:25

Bakonyi a écrit:
C'est pour ce remettre dans le bain pour la suite .
Bonne idée!

Bakonyi a écrit:
cela me permet de gagner ou deux jours pour mettre au point la suite .
Rien ne presse, mon ami! Prends ton temps, huit jours et plus nous conviennent parfaitement,
nous comprenons bien que c'est une entreprise difficile, peut-être même par moment douloureuse,
néanmoins que cela soit autant un plaisir pour toi de partager tes souvenirs que pour nous de les lire!
À bientôt quand tu pourras. Et grand merci d'avance.

Bakonyi a écrit:
Nous somme en été 1945 , la guerre est finie .
Nous sommes dans un grenier , à Unterperfuss , à une dizaine de kilomètres à l'ouest d'Innsbruck
Bakonyi a écrit:
nous avons pris le train , direction Landeck  . Ce n'était pas bien loin , à environ 55 kilomètres .
Bakonyi a écrit:
Voyage assez rapide , à part la traversée d'Ötztal . Le pont qui enjambe cette gorge profonde au fond de laquelle coule l'Ötz , a été démoli plusieurs fois par les bombardements . Pont métallique
Malgré de nombreuses recherches, la traversée d'Ötztal n'offre pas de pont qui enjambe une gorge profonde:
Donc le pont qui enjambe la gorge profonde au fond de laquelle coule l'Ötz se situe avant ou après Ötztal et pourrait se présenter ainsi:
Code:
source = http://www.eepforum.de/board40-anlagenvorstellungen-ab-eep-7/123-drei-weichen-sollten-diesmal-reichen/?highlight=
vue de Landeck actuelle: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6a/Landeck-Zams.JPG
Bakonyi a écrit:
à Landeck --- Le camp -- comportait une bonne vingtaines de baraques .
Le camp put être comme sur la première photo - dans cette page (dont toute image est soumise à autorisation):
Code:
http://www.dpcamps.org/austriaI-K.html
Bakonyi a écrit:
Un jour paraît une annonce dans le journal d'Innsbruck : l'armée française , la Croix Rouge , distribue des colis d'alimentation aux réfugiés
ce lien pour un aperçu des forces en présence:
Code:
http://www.effelle.fr/francais-libre/1945/page3.html


Dernière édition par bor le 08.05.16 0:52, édité 10 fois
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Bakonyi
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   02.05.16 16:19

Ce n'était pas une petite affaire . Enfin , ça a redémarré . J'espère que la suite ira un peu plus vite . Ce n'est pas sur , parce que mes notes deviennent rare . Ce " chapitre " , je l'ai esquissé juste avant mon opération .
Mais comme je l'ai noté un peu plus bas , j'ai interrompu mon récit . J'espère que je ne suis pas trop ennuyeux




Alors , nous sommes en automne 1945







Ah que c'est difficile de reprendre un récit interrompu depuis plus de deux ans . Je vais tenter la chose .
Oui , j'ai fait des tentatives avant mon opération , mais ça n'a rien donné .



Donc , c'est décidé , nous partons . Mais voilà , il y avait des « chamboulements «  dans le camp . Une nouvelle barque a été attribuée aux hongrois , à une partie des hongrois . C'est là que nous allions nous installer . Mais d'abord délimiter « les parcelles » pour les familles . Je suis resté au camp , pour aider à établir ces cloisons . D'abord nous allions avec un camion , sous la conduite du chef des pompiers , récupérer les matériaux . Il s'agissait de démonter des baraques de l'armée allemande , pour utiliser les murs de séparation préfabriqués en bois .
Ce travail a duré environ huit jours . Des hongrois déjà sur place s'occupaient de moi . Nourriture abondante et de bonne qualité le soir , à midi nous mangions sur place des conserves froides ou réchauffées sur un feu de camp . La belle vie pour un gamin , un ancien scout .
Une fois les cloisons installées , ma mère et B.b sont arrivés avec nos bagages .
Notre chambre était petite . Notre ameublement consistait en deux lits , deux armoires de l'armée ( 50cm par 50cm , et 220 cm de haut ) , une table deux sièges ( le troisième contraint de s'asseoir au bout d'un des lits pour manger) et un petit poêle an fonte . Une fois les valises sous les lits , le coffre sous la table . Il restait bien peu de place . Entre les deux lits un espace de un mètre . Nous étions vite installés.
La vie du camp était assez monotone . Vers
sept heures et demi , un hurlement dans le couloir : on allait chercher le café ( mauvais ) , du lait ( fait avec de la poudre ) et le pain de la journée ( un pain sombre mais de bon goût ) et 250gr par jour , à la place des 100 gr que nous avions avec les tickets . Aubaine pour moi .
A midi , un hurlement pour la distribution des repas: viande , légumes , et même un dessert . Le soir la même chose ,
Pour occuper mes journées , je « travaillais » à l'atelier d'électricité . Je ne faisais pas grand' chose , il faut le dire . Mais ça me donnait droit à une ration supplémentaire de nourriture ( demi paquet de cigarettes , des troupes françaises , du chocolat , sardines , tout ça en petite quantité ) .
Voyons nos voisins . Un coté une dame avec sa fille et sa petite-fille . Elles ont vécu aux Etats Unis avant la guerre .
De l'autre coté un lieutenant tout seul . Je ne sais pas qu'est ce qu'il faisait , on ne le voyait que le soir après souper . Plus loin , un capitaine du génie avec sa femme . Comme je l'ai déjà dit , je crois , il « dirigeait «  les électriciens du camp .
Bon , ça , c'était la « population «  de la grande pièce que nous avons séparée , partagée , en quatre .
Mais à notre surprise nous avons retrouvé le docteur D. , que nous connaissions depuis Veszprém , avec sa femme et un enfant de quatre ans .
La chambre des « gendarmes » . Ils étaient huit , si j'ai bonne mémoire . A leur tête , un sergent . Ils étaient jeunes , un avait 18 ou 19 ans . Parmi eux , je me souviens un qui était un peu louche ; Il trafiquait avec des soldats français , du marché noir ou autres combines . Nous ne l'avons jamais su exactement .
Il y avait aussi une jeune femme , à l'allure un peu bizarre , qui , également « travaillait » avec l'armée française ( dans une autre chambre , bien sur ) .. Et j'allais oublier le chauffeur de l'ambulance . Un homme de 35-40 ans , très volontaire , gentil , blagueur .
J'ai déjà parlé du comte S. le représentant des réfugiés auprès des autorités. Il venait de Transylvanie . Il habitait dans une grande pièce froide , dans une autre baraque , avec sa femme et sa fille d'une vingtaine d'années .
C'est l'ambulancier qui m'y a fait penser . Oui , cette jeune femme était tuberculeuse , alors , régulièrement on l'amenait en ambulance au sanatorium de Zams , à 4-5 kilomètres du camp ., pour des insufflations ( je crois que c'est comme ça que l'on dit pour un certain traitement de cette maladie , voir « La montagne magique » ) .
Comme je l'ai déjà dit , je crois , la majeure partie des réfugiés du camp étaient russes : ukrainiens , tatars , biélorusses et quelques caucasiens . Il y avaient aussi des croates , des serbes et quelques rares bulgares .
Ma mère a fait la connaissance de quelques russes et tatars . Elle était très contente de parler en russe .
J'ai peur de me répéter avec ce que j'ai déjà écrit dans l »autre » forum .
La vie était calme . Le samedi ou le dimanche soir j'allais au cinéma avec les « gendarmes » . C'était le jeune gendarme qui allait chercher les billets pour nous tous . Et chaque fois les autres se moquaient de lui : on ne comprend pas , quand tu ramène les billets de cinéma , ils sont toujours dans le trois premiers rang , juste devant l'écran . Et quand c'est des billets de théâtre , c'est toujours dans les deux derniers rangs , et on entend à peine les acteurs .
J'oubliais , les dimanches matin , j'allais à la messe . Il y avait un curé hongrois ,et une petite baraque était aménagé pour servir d'église aux fidèles hongrois . Ah , ce pauvre curé ! Il était d'un ennuyeux !! Mais ma mère m'obligeait à assister à cette messe ennuyeuse tous les dimanches .
La vie était calme , mais pas très ennuyeuse . Il y avait toujours des visites , des hongrois , des russes , et à force d'écouter parler en russe , je commençait à comprendre cette langue réputée difficile . Bien plus tard , au printemps , quand avons quitté le camp pour venir en France , je comprenais mieux le russe que l'allemand .
Mais nous ne partons pas encore.


Encore un trou de deux ans . Si je continue , c'est parce que tu voudrais savoir comment je suis arrivé à Argentat .

Donc , voici la suite :

Un jour , début décembre , les éléctriciens hongrois ont été remplacés par des russes . Je me suis retrouvé sans " travail" . Oh , pour ce que je faisais ! Les journées étaient un peu plus longues .
Un jour , le comte S. est venu nous voir . Il a demandé à B.b; s'il voulait travailler pour l'armée française . L'armée cherchait des hommes pour démonter des installations prévues pour la construction d'un barrage .
Il est allé au QG de Landeck , je l'ai accompagné . C'était le capitaine L. qui nous a reçu ( peu de temps après , il a été tué dans un accident sur un barrage dans les Alpes ) . Il a parlé avec B.b; , ils se sont mis d'accord . Nous étions payés , supplement de nourriture , et transportés chaque jour à l'endroit où nous devions travailler . B.b. se chargeait de recruter quelques hongrois pour faire le travail . C'était le capitaine du génie et 6 des 8 gendarmes , plus moi , bien entendu , pour allumer le feu , ou passer les outils aux autres pour le démontage . La plupart du temps , je me la coulais douce .
Au début nous partions avec un petit camion , assis à l'air à l'arrière . Mais comme il a commencé à geler , et neiger , ce n'était pas bien agréable . Un jour , il faisait moins 8 à moins 10 , par mégarde , un des jerricans mis dans le réservoir , c'était de l'eau . C'était gardé au chaud , pour les radiateurs des voitures . Alors inutile de le dire , 5-6 km , et c'est la panne . Nous sommes rentrés à pied , en laissant le propriétaire du camion , un autrichien , ce débrouiller .
Après cet incident , on nous a attribué un tracteur . C'était un gros engin qui marchait au fuel lord .
Son propriétaire était un autrichien sympathique . Il appelait son engin " bulldog " . Une remorque était accroché derrière le tracteur , pour transporter les pièces démontées jusqu'à la gare de Landeck . Le trajet , avec ce tracteur qui roulait à 25 km/heure , durait presque une heure . C'était long quand quand il faisait -6 à -10° . B.b. et le capitaine étaient installés dans la cabine avec l'autrichien , les autres comme il pouvaient . Moi , j'étais assis sur le garde-boue avant , contre le tracteur , au chaud d'un coté , un autre sur le garde-boue de l'autre coté . Le restant de la "troupe " dans la remorque .
Un jour , avec le tracteur aussi il y a eut une erreur de jerrican . Mais cette fois ci ce n'était pas de l'eau , mais de l'essence à la place du fuel lord . On était un peu inquiets , et si le moteur explosait ? Mais son propriétaire nous rassurait : bulldog avale tout , il bouffe tout . Effectivement le brave tracteur se contentait de cogner un peu plus fort .
Notre destination était Tösens . La route suivait l'Inn ,, et en continuant , elle allait en Italie et en Suisse . La route se séparait en deux , pour l'Italie , il fallait traverser l'Inn à Kajetanbrücke ; J'écris tout ça , parce que il sera question de cette route plus tard .
Pour le moment nous nous arrètons à Tösens . Là , nous trouvons une immense pelle éléctrique , elle faisait dans les 100 à 120 tonnes . Nous devions la démonter , faire des morceaux pour les transporter sur une remorque jusqu'à la gare de Landeck , charger sur des wagons , expédier en France . En arrivant , le premier travail était d'allumer le feu . Et le démontage commençait . En face de notre chantier , il y avait un petit café de campagne . C'est là que nous amenions nos conserves à rechauffer . Grace aux rations que nos recevions au camp , nous étions bien nourris . Nous ne pouvions pas tout manger . Nous avions tellement de pain , que ma mère en vendait au marché noir . Des boites de sardines , des boites de paté de jambon et de corned beef , nous en avons amené en France , en avril . Je dois dire que le corned beef que nous avions , n'avait rien à voir avec ce que j'ai trouvé en France . Parce que , la nostalgie , j'ai voulu le gouter . Les conserves , "americains " etaient fabriquées avec des animaux venant d'Argentine , du Brésil ou des Etats Unis . Mais la différence venait peut-être tout simplement qu'à 14 ans on est moins regardant qu'à 40 ans .
C'était un travail qui me plaisait , mise à part le froid , parfois assez intense . Mais le feu brulait toute la journée , ne serait ce que pour rechauffer les mains qui tenaient les outils en métal , et des pièces métalliques , qui étaient glacés .
Je n'aimais pas non plus les transports entre Tösens et la gare .Parce qu'il arrivait que le tracteur se mette à patiner .Et là , branle bat de combat . Nous sautions sur la route , prenions des cales en bois préparées , et nous les mettions derrière les roues de la remorque . On décrochait le tracteur , qui avançait d'une cinquantaine de mètres , il se calait avec des béquilles prévues pour ça . Nous déroulions le cable du cabestan qui se trouvait à l'arrière du tracteur . C'était très dur . On attelait la remorque , et le tracteur tirait la remorque . Nous suivions avec nos cales , pour intervenir au cas où le tracteur bougeait . Ce n'est jamais arrivé . Et comme ça jusque en haut de la cote . Heureusement , il n'y avait pas beaucoup d'endroits où il fallait utiliser ce système .
Entre temps le capitaine L. a été remplacé par le capitaine P . Que nous avons retrouvé en arrivant à Paris , en civil , puis à Luz saint Sauveur , comme directeur régional des travaux de l'EDF , région Pyrénées Atlantique .
Comme les travaux touchaient à leur fin , B.b. a demandé au capitaine , s'il ne fallait pas quelqu'un pour guider le remontage de l'engin . Il lui a répondu qu'il y avait suffisamment de personnes capables de le faire .
Tout a une fin , et le dernier wagon expédié , nous n'avions plus de travail .
Mais huit jours plus tard , le comte S. revient : les français ont de nouveau besoin de nous . Cette fois-ci , c'est le capitaine S. qui dirige les opérations . Le capitaine S. est le fils d'une famille de russes blancs , refugiée après l'arrivé de communistes au pouvoir en Russie ; Ma mère a parlé plusieurs fois avec lui en russe .
Cette fois , il s'agit de démonter une station de téléphérique à la frontière italienne . Ce téléphérique était destiné au transport du charbon entre l'Allemagne et l'Italie . Seulement c'était loin . Alors nous avons tous embarqué dans des remorque trainés par deux tracteurs . Tout allait bien jusqu'à Nauders . Mais à partir de là , jusqu'a la frontière , il y avait un mètre de neige sur la route . Et il fallait faire encore 5 à 6 kilomètres , dans un bon mètre de neige . Les braves tracteurs ont pu frayer le passage . Et nous sommes arrivés devant le batiment qui servait de poste de douane .
C'est là , quelque part que l'on a trouvé Ötzi , l'homme conservé par le froid depuis 5000 ans .
Entre nous , il ne devait pas connaitre les parages , parce que il aurait pu passer par le col où nous étions , moins de 2000 mètres d'altitude . Mais il parait qu'il était blessé , alors le résultat est , finalement le même .
Ce batiment était complètement vide . Mais une chance , le chauffage electrique marchait . Nous nous sommes installé avec les lits de camp , les matelas , les ustensiles de cuisine , tous ça amenés avec nous de Landeck . Sans oublier le tas de conserves , de toutes sortes : légumes , viandes , sardines , café , confitures . . .
Première chose : faire du café ( miracle , l'eau coulait , et il y avait même une salle de bain , et des lavabos ) .
Le travail avançait lentement avec deux à trois mètres de neige . la station de téléphérique se trouvait en contre-bas de la route , à une cinquantaine de mètres . Alors , on emloyait le système de " remorque , mais la remorque était remplacée par un grand traineau , bien costaud . Nous chargions les pièces démontées à la main , comme c'étaient des éléments de charpente métallique , nous faisions des "morceaux " pas trop lourds por pouvoir les manipuler . C'était amusant quand le tracteur tirait le traineau , parfois tout disparaissait sous un amas de neige . Quand les remorques étaient remplies , nous faisions un voyage à Landeck , et nous chargions le tout sur des wagons .
Au bout de quatre semaines , c'était terminé . Et là , surprise . Le capitaine S. nous annonce que nous allons avoir des papiers pour aller en France . Mais seulement nous trois : B.b. ma mère et moi . Alors l'attente a commencée . Et elle a duré deux mois , ou peut-être un peu plus .
Un beau jour du mois d'avril 1946 , le capitaine nous donne des laisser- passer . Et c'est l'armée qui se charge des billets . Et en plus , il va nous accompagner jusqu'au lac de Constance . Grace à lui , nous avons voyagé dans un wagon réservé à l'armée . Un wagon chauffé , avec des vitres . Parce que les autres wagons n'étaient pas chauffés , et n'avaient pas de vitres ( souvenirs de la guerre ) .

La suite au prochain numéro

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lebedias
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   02.05.16 23:17

Köszönöm a baratom.
J'ai lu une première fois ce nouveau récit en prenant des notes.
C'est notes m'aide à vous situer dans l'espace, toi et les tiens.
Le travail de monteur(ou de démonteur) en charpentes métalliques peuvent être amusantes pour un jeune corps, mais lorsque les températures sont sous le zéro l’exercice devient dangereux pour tous. Les mains qui collent à l'acier lorsque pour deux minutes on oublie de porter les gants. Pris dans l'ambiance, il arrive que après une heure, l'on oublie d'avoir froid aux pieds. Les moins prudents souffrent d'engelures qui peuvent mener à l’amputation.

Tu vois bakonyi, je me projette dans ton histoire.

Zs.


Dernière édition par lebedias le 03.05.16 9:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   03.05.16 4:09

Quel plaisir de lire à nouveau tes aventures passées, toujours autant passionnantes! Merci bien.

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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   08.05.16 2:31

lebedias a écrit:
J'ai lu -- ce nouveau récit en prenant des notes --(pour)-- vous situer dans l'espace, toi et les tiens.
Merci lebedias, car ça m'a donné l'idée de situer par des cartes les villes indiquées (découverte pour moi qui ne connaît la région).
Et je me suis lancé dans les recherches nécessaires pour compléter mon post à la suite du 1er récit

Et voici mes notes pour le 2ème récit - les citations aident à retrouver l'endroit dans le texte
Bakonyi a écrit:
Notre destination était Tösens . La route suivait l'Inn ,, et en continuant , elle allait en Italie et en Suisse . La route se séparait en deux , pour l'Italie ,  il fallait traverser l'Inn à Kajetanbrücke ; J'écris tout ça , parce que il sera question de cette route plus tard .
                    Pour le moment nous nous arrètons à Tösens
(---)
Cette fois , il s'agit de démonter une station de téléphérique à la frontière italienne . -- c'était loin . Alors nous avons tous embarqué dans des remorque trainés par deux tracteurs . Tout allait bien jusqu'à Nauders
de Landeck à Tösens et alentours - et de Landeck à Nauders:
Bakonyi a écrit:
Un beau jour du mois d'avril 1946 , le capitaine nous donne des laisser- passer . Et c'est l'armée qui se charge des billets . Et en plus , il va nous accompagner jusqu'au lac de Constance
de Landeck au lac de Constance par le train
(de gauche à droite: trajet par la route (1ère), presque le même que par le rail (2e et 3e); train d'époque (4e photo):
Code:
source des cartes 2 et 3 = http://www.cartograf.fr/pays/autriche.php
carte 2 complète = http://www.cartograf.fr/pays/img/autriche/carte_autriche_villes_routes_autoroutes_chemins_de_fer.jpg
carte 3 complète = http://www.cartograf.fr/pays/img/autriche/carte_autriche_taille_ville_altitude_routes_autoroutes_aeroports_voie_ferree.jpg
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   09.05.16 12:34

Oui , les trajets correspondent . Par contre la photo , pas du tout . Le camps de Landeck : on accédait à l'entrée en passant par un quartier de pavillons , neufs , avec jardins , balcons fleuris , comme souvent en Autriche . A droite , une forêt de sapins , très ne pente , à gauche un raidillon , avec des sentiers piétons , pour arriver dans le centre de Landeck en moins de 5 minutes , au fond , des champs , paturages etc . . .
Pas question de gourbis en planches et tôle ondulée . Larges allées entre les baraques bien entretenues , et deux bâtiments en " dur " : les pompiers , en bas le matériel , à l'étage logement , et une tour carrée , pour guetter le feu , et une grande batisse , en bas les cuisines , boulangerie , reserves de nourritures , à l'étage les bureaux des dirigeants du camp . C'était propre , net ; Je parle de l'extérieur . Parce que les intérieurs , cela dépendait des occupants , certains très propres , d'autres ça laissait à désirer . J'oubliais , un autre bâtiment en dur , l'infirmerie , avec une petite salle avec des lits pour quelques malades . Mais j'en ai jamais vu de malade dans cette pièce .
Par contre pour les vaccinations , c'est là que cela passait .
En un mot , cela n'avait rien de misérable , comme on nous montre en ce moment les camps de réfugiés de Syrie ou Irak .
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   09.05.16 20:47

Merci Bakonyi pour ces précisions!

Malgré des recherches (en anglais, allemand ou français), rien trouvé de photos de camp de réfugiés de Landeck - bien que Landeck
Citation :
Nach dem Krieg befand sich für einige Monate auf dem Kasernengelände eines der größten Lager für Displaced persons in Tirol.
https://de.wikipedia.org/wiki/Landeck_%28Tirol%29
= Après la guerre, la caserne (de Landeck) fut quelque temps l'un des plus grands camps pour personnes déplacées au Tyrol.

Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en ait pas quelque part...
Des images de camps de réfugiés en Autriche ou ailleurs, y'en a,
et ceux que ça intéresse auront le choix, comme par exemple http://footage.framepool.com/fr/search/unrra/

Merci d'avance aux Anonymes qui nous lisent de partager leur connaissance sur le sujet traité!
Si des photos ne peuvent être placées sans autorisation des auteurs, tout lien sera bienvenu.
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Bakonyi
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   11.05.16 10:51

Hier , j'ai passé la moitié de la journée à chercher , mais rien trouvé . J'abandonne .
Bientot pour la suite .
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Bakonyi
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   11.05.16 22:13

Voilà un peu plus .



Arrivé à Bregenz , nous changeons de train . Le lieutenant S. nous installe dans un train allemand .
Et le long voyage , pénible , continue .
Après avoir traversé la Forêt Noire , il est huit heures , et nuit complète quand nous arrivons à Kehl .
Là nous montons dans un train français , qui est déjà rempli de soldats français partant en permission .
A ma mère , on offre une place ( la politesse française , qui se perd ) . Elle laisse cette place à B.b. qui a mal aux dents . Là , un autre soldat se lève et ma mère s'assoie aussi . Moi , je reste debout dans un coin du couloir , où il y a déjà plusieurs personnes . En route depuis 7 heures du matin , j'étais crevé , je me serai bien assis , moi aussi . Et la longue nuit commence , mal . Nous traversons le Rhin en crue ( c'est la fonte des neiges dans les Alpes ) , sur un pont provisoire . Nous sommes juste un peu au-dessus de l'eau . Une eau noire bouillonnante , rapide , tout près , juste là ,en dessous du train , et ça me fait très peur , n'allons nous pas êtres engloutis dans cette eau noire ?. D'ailleurs , depuis , j'ai une forte appréhension pour traverser les ponts .
A un moment , un officier de haut grade passe dans le couloir . Comme je portais le calot du lycée de Hongrie , il s'arrête devant moi , et me parle . Je ne comprends pas un mot , bien sur . Je me contente de sourire bêtement . Il n'insiste pas , continue à longer le couloir . Au bout de deux , trois heures , je ne peux plus tenir debout , je m'assoie à même le plancher du wagon . Je ne me souviens pas si j'ai dormi un peu ou pas . Et nous arrivons à Paris vers huit heures du matin . A la gare de l'Est une voiture nous attend . Le chauffeur s'occupe des bagages qui sont dans le fourgon . Nous avons une ou deux valises que nous amenons avec nous dans la voiture . C'est une voiture qui marche au gaz : deux bouteilles installées sur le toit . D'ailleurs à ce moment , et pendant deux trois ans il y avait beaucoup de voitures et de camions qui marchaient soit avec des bouteilles de gaz soit au gazogène . Parce que des stations où on pouvait remplir les bouteilles , il n'y en avait pas partout .
Arrivés à l'hotel , nous prenons possession d'une grande chambre . Ah ! un lit ! Mais non . Le chauffeur nous amène B.B. et moi , on nous attend . Nous arrivons dans un grand immeuble : Union d' Electricité . C'était une très grosse entreprise , qui deviendra très vite EDF . Et là , nous retrouvons le capitaine P que nous avons connu à Landeck , il est en civil , bien sur ( nous le retrouverons plus tard , directeur des travaux d'aménagement EDF Pyrénées atlantiques ) . Là nous apprenons que nous passerons la journée de lendemain à Paris , puis nous reprendrons le train , direction Argentat . Nos mangeons , le chauffeur nous sert de guide , de mentor , il est à notre disposition jusqu'à notre départ pour Argentat . Nous passons l'après midi chez un dentiste , pour soigner la dent de B.b. Une très longue attente , je m'ennuie à mourir . Je n'ai pas l'habitude de rester sans marcher pendant deux jours . Et enfin , le lit .
Le lendemain le chauffeur nous demande que voulons nous faire . Nous allons visiter Paris , de long en large .
Et alors là , la déception . Mais il faut dire d'abord qu'il fait un temps très gris , avec quelques gouttes de pluie .
Mais je crois que ça n'explique pas tout ; Je trouve Paris vide , pas de mouvements , gris , sale , morne , en un mot , pas bien intéressant .
Mais peut-être c'est du à la fatigue . Pour être franc , je ne me souviens pas de grand chose . Nous avons vu le tombeau de Napoléon en marbre couleur foie . Nous sommes monté devant le Sacré Coeur , mais avec le mauvais temps et le pluie , Paris était pratiquement invisible . Nous sommes passé devant Notre Dame , la tour Eiffel , l'Arc de Triomphe , et je ne sais plus . Mais je pense que certains d'entre vous connaissent beaucoup mieux Paris que moi . 0h oui , le cinéma russe , géré par les russes il ne passe que des films russes . Sur l'affiche , c'était " Ivan le Terrible " , le film d'Eisenstein . Entre parenthèses , c'est un très bon film , je l'ai vu
bien des années plus tard . Et puis tout s'embrouille , je ne sais plus . Mais " globalement " comme on dit , je n'ai pas gardé un bon souvenir , si toutefois Et puis tout s'embrouille , je ne sais plus . Mais " globalement " comme on dit , je n'ai pas gardé un bon souvenir , si toutefois j'étais en état d' apprécier quoi que ce soit . Je visiterai Paris en 1954 , en touriste , et bien entendu , mon opinion était tout autre .
Le lendemain matin , de nouveau le train . Ah , que j'en avais marre de voyager , un peu ça passe , mais à force
ça dépasse les bornes . Enfin , en début d'après midi nous arrivons à . . . Brive . Alors de nouveau plus d'une heure de voiture . Et enfin , nous arrivons à Argentat . On s'installe dans un hôtel , L'hôtel de B. à l'aspect extérieur peu engageant . Les chambres , rien à dire , propreté impeccable , draps blancs comme neige , les lits en cuivre brillent comme si c'était de l'or . En somme , une bonne impression . On nous indique l'heure du souper , nous nous installons , sans savoir la durée de notre séjour dans cet hôtel . Et puis tout s'embrouille , je ne sais plus . Mais " globalement " comme on dit , je n'ai pas gardé un bon souvenir , si toutefois j'étais en état d' apprécier quoi que ce soit . Je visiterai Paris en 1954 , en touriste , et bien entendu , mon opinion était tout autre .
Le lendemain matin , de nouveau le train . Ah , que j'en avais marre de voyager , un peu ça passe , mais à force
ça dépasse les bornes . Enfin , en début d'après midi nous arrivons à . . . Brive . Alors de nouveau plus d'une heure de voiture . Et enfin , nous arrivons à Argentat . On s'installe dans un hôtel , L'hôtel de B. à l'aspect extérieur peu engageant . Les chambres , rien à dire , propreté impeccable , draps blancs comme neige , les lits en cuivre brillent comme si c'était de l'or . En somme , une bonne impression . On nous indique l'heure du souper , nous nous installons , sans savoir la durée de notre séjour dans cet hôtel .

C'est tout pour aujourd'hui . Si je peux , je vais accélérer .
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   12.05.16 3:57

Grand merci Bakonyi!
Bakonyi a écrit:
Arrivé à Bregenz , nous changeons de train . Le lieutenant S. nous installe dans un train allemand .(--)
Après avoir traversé la Forêt Noire , il est huit heures , et nuit complète quand nous arrivons à Kehl .
Là nous montons dans un train français (--)  En route depuis 7 heures du matin (--)  Et nous arrivons à Paris vers huit heures du matin (--) gare de l'Est
Le lendemain matin , de nouveau le train .(--), en début d'après midi nous arrivons à    . . . Brive  . Alors de nouveau plus d'une heure de voiture . Et enfin , nous arrivons à Argentat
Quel périple! Et surtout que de temps nécessaire - comparé à aujourd'hui (ce que reflète les cartes ci-dessous)!
Paris Argentat _Carte-N31-Brunhes-France-voies-navigables-et-chemin-de-fer by jelidee.com à gauche, le reste by google
Sur la carte France (sans doute valable pour 1945/46; carte choisie pour son ancienneté, ce qui m'agrée le plus, car beaucoup plus lisible et complète que celles faites de nos jours!) taillée et agencée par mes soins, en jaune le trajet Sncf (le trajet train Brives - Argentat est noté, car j'avais oublié que vous aviez pris la voiture!). - Je croyais que la liaison ferroviaire Paris - Brives n'existait plus! Mais en fait si (carte à gauche):
Code:
source à droite = http://jelidee.com/Carte-N31-Brunhes-France-voies-navigables-et-chemin-de-fer
source à gauche = http://www.seat61.fr/France-en-train.htm
Remarque: Dans le dernier paragraphe, tu te répètes: tout ce qui est en surbrillance dans l'image, est de trop:
Tu peux l'enlever toi-même, en éditant ton post, c'est-à-dire en cliquant sur "editer" à droite
Toutefois, attention à ne pas tout effacer! Alors si tu es craintif, laisse comme ça, mon image suffira!
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   13.05.16 15:52

Non , je ne touche rien . Je risque de aire une co . . pardon , une bêtise .
Je lutte , je lutte . Ce n'est pas facile , se souvenir de ce qu' il s'est passé il y a 70 ans . Parmi vous , beaucoup n'étaient pas né . Souvent des détails reviennent au moment où je suis sur le point de poster mon récit . Alors , il faut reprendre , ajouter , modifier . Et pourquoi cacher , avec l'âge aussi , ça devient plus difficile . Oh , je ne me plains pas , à 85 ou presque , le cerveau fonctionne encore ( quand je me compare aux les participants des jeux télévisés ) . En un mot , je suis plus lent . Alors , j'y vais , au boulot . Ah , j'ai reçu des poivrons de Hongrie . Je vais me régaler , cru et en faisant un lecso .
Je vous quitte , à bientôt .
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   14.05.16 0:46

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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   14.05.16 18:48

Moi , j'ajoute quelques pommes de terre coupées en petits cubes , ça donne du" corps " au lecso .
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   16.05.16 16:18

Voilà , une tranche en été 1946



Il ne me reste plus qu'à continuer . J'avais quelques notes pour ce " chapitre " , je ne les retrouve pas . J'ai du les effacer . Bon . Allons y .


Le soir , c'est la déception . Autant la chambre est impeccable , autant le repas est , je n'ai pas peur de dire , "dégueulasse " . Un ragout où dominent rutabaga , topinambour et rave . Oh , il y a aussi quelques morceaux de viande , indéfinissable , tout ça nageant dans une sauce suspecte .
Et ce sera comme ça , midi et soir , pendant tout le mois que nous passerons dans cet
hotel . Le petit déjeuner , un café , fait avec du chicoré et de l'orge grillé , peu de pain , pas de beurre , à peine un peu de sucre . On nous explique qu'il y a un système de tickets , et apparemment
les rations ne sont pas plus généreuses qu'en Autriche . C'est tellement mauvais , que je mange à peine , et j'ai faim tout le temps . Je me rends compte qu'à Landeck nous avons été gatés .
Et je suis arrivé , à ouvrir une ou deux boites de sardines , que nous avons apportées de Landeck , et boire l'huile et manger les sardines avec les doigts . En cachette , bien sur .
Mais avant de continuer , je dois expliquer pourquoi nous sommes là . Argentat est traversé par la Dordogne . Et huit , dix kilomètres en amont sur la Dordogne , se construit un barrage
le barrage de Chastang . Les travaux , bien que commencé depuis un certain temps , ne sont pas bien avancés . La galérie de dérivation et le batardeau sont terminés . L'emplacement du barrage est à sec . Les travaux de terrassement ont commencé , pour chercher le bon rocher capable de supporter la poussée de l'eau , une fois le barrage terminé . Et à deux kilomètres d'Argentat , toujours à l'amont , ce trouvait Longour . C'est à cet endroit que l'on devait extraire sable et autre agrégats pour faire le béton du barrage . "Notre pelle" était là , en morceaux . Et les éléments du téléphérique aussi . La pelle , une fois remontée devait extraire les agrégats , qui partait par téléphérique jusqu'au barrage . B.b. était là pour remonter tout ça , et mettre en marche l'installation . Il avait une équipe de prisonniers de guerre allemands pour faire le travail . Comme il parlait en allemand , cela ne posait pas de problème . la construction du barrage était exécutée par la Société Générale d'Entreprise . Voilà , c'est dans ce cadre que nous allons vivre d'avril 1946 à juillet 1949 .
Au bout d'un mois , on nous déménage ; Nous allons nous installer à l'hotel de la Terrasse .
( quelques années plus tard , c'est devenu la Mairie ) .
Nous venons de l'enfer , et là , nous sommes dans le ciel . Nous avons deux immenses chambres , impeccables , et le restaurant , les repas , au dessus de tout critique . Souvent , vers dix heures , on vient nous demander , est ce que tel ou tel plat vous convient ?
C'est dans cet hotel que sont logés quelques caïds de l'E.D.F. , et des entreprises , et leurs hotes de passage . Quelques fois , le soir , on nous projette des documentaires .
En somme , la belle vie . Avec ma mère nous faisons de longues promenades . Mais tout a une fin . Il faut tout de même que je continu à étudier . Et c'est comme ça que je me retrouve aux cours complémentaire d'Argentat . A l'époque on ne disait pas collège . Là , j'écoutais et regardais les profs , sans rien comprendre . Pendant les récréations , mes camarades de classe faisaient des tentatives pour me parler , pour communiquer . Ils étaient tous très gentils . Il y en avait un , je crois que c'était le meilleur élève de la classe , il s'occupait beaucoup de moi . Il y avait aussi le fils de notre boulanger . Quand il me voyait faire la queue pour le pain ( il ne faut pas oublier qu'en 46 il y avait des tickets ) , me faisait passer par derrière . Il me montrait le petrin , le four , et m'expliquait la fabrication du pain . Et pour finir , il me donnait deux pains sans ticket . C'était l'aubaine .
Et aussi je regardais jouer les autres dans la cours . Des jeux que je ne connaissais pas : osselets , pelote basque ( oh avec des balles de ping-pong ) , jouer aux billes . Mais ces jeux de billes m'étaient inconnus .
J'étais "émerveillé " par la dexterité de quelques uns avec les osselets . J'ai essayé , mais ça ne marchait pas . Je n'étais pas assez rapide , ni assez adroit . C'est un jeux qui n'existe pas en Hongrie .
Mais petit à petit , j'ai appris quelques mots de français . Vers fin juillet , nous deménageons . On nous a attribué un logement . Oh , pas bien grand . Dans la rue Sainte Claire . Une cuisine , une grande chambre , et une petite chambre , qui donnait sur la Dordogne . C'était ma chambre . Mais en hiver , elle était inhabitable , à travers le plancher en bois , on voyait le jardin , et en plus , il n'y avait pas de chauffage . Alors , pendant les périodes de froid , je couchais dans la cuisine . Les toilettes étaient dans le sous-sol . Si on avait un "besoin" urgent la nuit , ce n'était pas du tout pratique . A coté des toilettes , il y avait une petite remise , où l'on stockait le bois . Il n'y avait pas de jardin .
La petite chambre donnait sur la Dordogne , et un immense jardin , on peut dire un parc . Il appartenait à une grande "résidence " , avec chapelle privée , les gens du pays parlaient parfois de "chateau" . Les propriétaire ne l'habitaient que pour les vacances d'été. Le reste du temps , c'était vide .
Je trouvait qu'Argentat était une petite ville agréable . Des rue animées , le marché chaque semaine , il y avait aussi un cinéma , un peu vétuste , c'est vrai . Des commerces ( mais peu de tickets ) , tous les dimanches matin aperétif concert au café " Bordeaux " , nous y allions avec B.b.
Nous ommes venus , toue la famille , 35 ans plus tard passer des vacances . Malgré la fin du chantier de barrage , c'était toujours aussi animé , par les touristes . Les magasins modernisés , et sans tickets , et aussi plus de cafés et de restaurants , tourisme oblige .
Avec ma mère nous avons continué nos promenades les après-midi . Nous allions presque toujours vers le pont sur la Maronne , en ramassant des murs et des framboise au bord de la route .
Mais il fallait penser à continuer les études . Mais où ? Grande question ! Un lycée comme en Hongrie ? Cela semblait impossible : ne parlant pas en français , les matières principales m'étaient inaccessibles ( latin , français , histoire géographie et aussi , je pense les maths ) . Comment faire ? B.b. pensait à des études techniques . Mais où ? Alors , je ne sais pas comment , on est tombé sur le collège technique de Bort les Orgues . Cela ne semblait pas trop loin . J'ai été inscrit dans cette école , par correspondance . C'est un prisonnier allemand , prof de français avant la guerre , qui écrivait la correspondance .
L'été tirait à sa fin . Ma mère attendait un enfant pour l'automne . Je dois avouer que cela me contrariait un peu . Mais c'était comme ça . Il fallait s'y faire .
Préparation des affaires , mettre tout ça dans une grosse valise ( il s'agissait de tenir trois mois , jusqu'aux vacances de Noël ) .
Et le jour du départ est arrivé , mon "aventure solitaire " commençait .
Mais je reviendrai sur Argentat encore , puisque les vacances scolaires , je les passerai là .


A la prochaine
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   16.05.16 21:15

Merci Bakonyi de continuer ce récit toujours aussi prenant !
Merci à Bor pour la géolocalisation !



Nous avons habité 13 ans au fin fond de l'Allemagne de l'Ouest, à la lisière du rideau de fer.
J'ai eu l'occasion d'y rencontrer un personnage passionnant.
Le personnage un peu rondouillard, bavard et vantard bon enfant tel un marseillais.
Hans avait été prisonnier de guerre en France de 45 à 48 et parlait très bien le français "avè l'acen" de la Canebière.
Il m'a plusieurs fois expliqué sa détention dans le sud de la France sur un grand chantier.
Mal logé, mal nourri, mais le soleil et le rythme du travail du sud aidant il ne se plaignait pas de son séjour imposé en France.
Il ne se plaignait pas beaucoup, mais lorsque je lui parlais de mon père déporté au travail obligatoire comme chauffeur en Autriche du côté de Steyer...
Là, il devenait plaintif et certainement à raison. On lui avait volé 10 ans de sa vie, pire de sa jeunesse.
A 17 ans en 38 il avait été incorporé, peur que l'Anschluss ne soit pas une formalité. Sur ce il avait fait la guerre jusqu'en 45 et puis était resté en France pour payer les dettes de son pays jusqu'en 48.
L'homme était assez bien renseigné, me rétorquait que les années que mon père avait passé au front ou au STO comptait en année double pour le calcul de sa retraite et que ceci faisait partie de la dette que l'Allemagne devait rembourser aux vainqueurs.
Lui qui avait perdu 10 ans de sa jeunesse à être embrigadé et prisonnier devait rayer ces 10 ans de son calcul de retraite comme s'il n'avait jamais existé ou n'avait jamais rien subi.

En espérant ne vous avoir trop ennuyer, Zs.
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   17.05.16 0:23

Grands mercis à tous les deux! C'est très intéressant, et j'apprends beaucoup!

J'étais ému à te lire Bakonyi, parce que je voyais que tu avais été finalement bien reçu en France, toi et ta famille!
Quand je vois aujourd'hui comment souvent on reçoit les réfugiés (sous diverses appellations), j'ai honte!

Et ton frère, il n'était pas avec toi ?
Je ne me souviens plus de ce qui fut dit à son sujet dans les pages de Hongrie-forum!
Il faut que je les relise! Et aussi pour constituer en images le parcours - je le ferai prochainement...

Et oui, le sort des Allemands après la guerre, ce fut une périodes difficiles pour eux aussi!
Cette comparaison des soldats fr et allemands
- ni les uns ni les autres n'avaient tous été de bon gré à la guerre - c'est bien de le rappeler!
quant à la perte de points de retraite pour les vaincus, le gain pour les vainqueurs = est-ce de la justice, cela ?

Merci d'avance pour pour la suite de ces échanges relatant vos expériences respectives
et pour la suite de ton histoire, Bakonyi! - prends ton temps, rien ne presse!
flower
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Bakonyi
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   17.05.16 12:03

Tu vois , Bor , j'ai oublié de parler de mon frère . Heureusement que tu m'y fais penser . Je vais y remédier . Avant de poursuivre , je vais parler de lui .
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Bakonyi
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MessageSujet: Re: Souvenirs (suite)   17.05.16 21:54

J'ai fait ça en vitesse cet aprème



Muki

Oui , c'est comme ça que nous l'appelions , et les amis aussi . Cela vient parce que étant tout petit , c'est le nom qu'il a donné à son ours en peluche : Muki macko . Il avait cinq ans de plus que moi .
La dernière fois que j'en ai parlé , c'est quand il est venu nous voir à Saint Gotthard .
Etant sans nouvelles , et sachant qu'il était sur le front ouest , nous supposions qu'il était prisonnier quelque part en Allemagne ou en Autriche . Alors , ma mère a entrepris de le chercher , au mois d'aoùt , en 45 , quand nous étions dans le grenier d'Unterperfuss .
Elle a obtenu un laisser-passer pour les quatre zones d'occupation d'Autriche ( comme l' Allemagne l'Autriche était divisé en quatre zones , et Vienne aussi ) . Et elle est partie pour le chercher dans les camps de prisonniers en Autriche . A ce moment , pas question d'aller en Allemagne , la frontière étant fermée pour les civils . Elle est restée absente pendant huit à dix jours . Elle est revenue seule , fatiguée , découragée .
Nous avons eu des nouvelles à Landeck . Le courrier commençait à circuler entre l'Autriche et la Hongrie . Il est rentré en Hongrie , et vivait chez une de mes tantes . Il a été blessé à la jambe par un éclat d'obus , et soigné dans un camp de prisonniers en Allemagne . Il a été très bien soigné , le camp n'était pas sévère . Il s'est lié d'amitié avec un capitaine australien , qui voulait l'adopter , et l'amener en Australie . Il n'avait pas d'enfant , mais 100 000 moutons . Finalement quand il a été libéré , il a préféré rentrer en Hongrie . En passant par l'Autriche , d'ailleurs .
Mon oncle Jean ( le mari de ma tante ) , lui a trouvé une place aux contributions . Ils avait deux filles . Eh bien mon frère et ma cousine , qui avait le même âge que moi , n'ont rien trouvé de mieux , que de tomber amoureux ,l'un de l'autre . Tout le monde était contre un mariage consanguin , sauf eux deux . Mon oncle s'est arrangé pour qu'il soit nommé à l'autre bout du département . Et ça a marché . Il est tombé amoureux d'une des fille de la famille qui l'hébergeait .
Ils se sont marié en septembre 1947 , mon frère avait 21 ans , sa femme en avait 16 . Bien jeunes .
C'est pendant l'été 1948 qu'ils sont arrivés en France à Argentat . A ce moment là , avec un peu de chance , on obtenait un passeport pour sortir de Hongrie . Avec une promesse solennelle de revenir . Mon frère est retourné en Hongrie , en vacances en 1974 , naturalisé français . Le décor est planté . Le décor ? non n'en parlons pas .
Voilà Bor , lacune réparée .
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