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 Histoire et situation sociale des tziganes en Hongrie

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pipacs
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MessageSujet: Histoire et situation sociale des tziganes en Hongrie   29.09.05 20:34

Les origines

Selon les recherches linguistiques, les ancêtres des Roms sont arrivés sur le territoire de l’Inde contemporaine lors de la vague de migrations des peuples commencée au IIe millénaire avant notre ère.

Aux IXe et Xe siècles, les tribus tziganes ont quitté l’Inde à cause des attaques musulmanes menées contre les territoires qu’elles habitaient. Le nom du peuple tzigane s’est formé lors des migrations à partir du mot grec atszinganosz – signifiant «secte hérétique» – repris ensuite par la langue latine comme cingarus, par la langue italienne comme zingarellis, par la langue allemande comme Zigeuner, et par la langue hongroise comme cigány.
Les Tziganes apparurent en Hongrie au XIVe ou au XVe siècle, fuyant les Balkans devant les conquérants turcs. Un grand nombre d’entre eux émigra vers les pays de l’Europe Occidentale.
Comme en certains endroits on les croyait pèlerins égyptiens, sur ces territoires on les appelle encore gypsy. Le peuple, de culture étrangère et inexpérimenté dans la production agricole fut rapidement éconduit et expulsé de l’Europe Occidentale, parfois par des moyens cruels. Certaines tribus purent s’implanter dans la région méditerranéenne, la majorité se retira en Europe Centrale et Orientale.

Du XVe au XVIIe siècles, une partie des Tziganes obtint un rôle dans la société hongroise lors des guerres contre les conquérants turcs. Les préparatifs militaires constants et le manque des artisans leur offrirent une
possibilité de travail. Les travaux de fortification et de construction, la métallurgie, la fabrication et l’entretien d’armes, le commerce de chevaux, le travail du bois et le forgeage meilleur marché que ceux des artisans affiliés à une corporation, le service postal servirent non seulement de source de subsistance mais s’avérèrent aussi des activités importantes pour le pays.

C’est pourquoi, à partir de l’ère des rois Sigismond (1387-1437) et Mathias (1458-1490) jusqu’au début du XVIIIe siècle certains groupes tziganes ont obtenu des privilèges.
Pour obtenir leurs services, un grand nombre de seigneurs s’efforcèrent d’installer les «compagnies».
C’est à cette époque que beaucoup de communautés familiales tziganes cessèrent de mener une vie nomade en faveur d’une subsistance plus sûre.
Toutefois, après l’expulsion des Turcs, à la fin du XVIIe siècle, l’installation et l’immigration des agriculteurs, des éleveurs, des artisans et des commerçants rendirent superflue la plupart des activités des Tsiganes.


Vers le milieu du XVIIIe siècle, la reine Marie-Thérèse (1740-1780) et le roi Joseph II (1780-1790) s’occupèrent de la question des Tziganes suivant les méthodes ambiguës de l’absolutisme éclairé. Marie-Thérèse interdit par décret d’utiliser la dénomination «tzigane», et rendit obligatoire à sa place l’utilisation des expressions « nouveau paysan » ou « nouveau Hongrois ». Ensuite elle mit des obstacles au mariage des Tziganes, puis ordonna d’enlever les enfants des parents tziganes pour les élever dans des familles «bourgeoises ou paysannes». Enfin, en 1783, Joseph II interdit aussi la pratique de la langue tzigane.


Essentiellement, l’assimilation forcée s’est avérée efficace: au cours des XIXe et XXe siècles, la grande majorité des Tziganes, établis depuis plusieurs centaines d’années et qui avait longtemps conservé leurs traditions et leur culture, abandonnèrent, bien plus, oublièrent leur langue maternelle et s’assimilèrent à la société hongroise. Un grand nombre de ceux-ci exerçait les métiers de forgeron, maréchal-ferrant, travailleur du bois et de baugeur, permettant à la fin du XIXe siècle à 100 mille Roms, y compris les membres de leur famille, de subsister. Néanmoins, c’est grâce à la musique qu’ils eurent la possibilité d’une ascension sociale: en 1893 on a enregistré environ 17 mille musiciens tziganes en Hongrie.


La nouvelle vague d’immigration des Tziganes eut lieu après l’affranchissement des serfs et le développement du capitalisme, dans la deuxième moitié du XIXe siècle. L’arrivée des Tziganes de l’Est et du Sud, ayant conservé leurs traditions et leur langue, dont la majorité menait encore une vie nomade, entraîna beaucoup de conflits. Suite à la vague d’immigration, on ordonna le recensement de la population tzigane du pays. Selon l’un des documents les plus importants de l’histoire des Tziganes de Hongrie, issu du recensement del’année 1893, un total de 280 mille Tziganes vivaient dans le pays.

Au début du XXe siècle, la répartition des Tziganes de Hongrie a pris forme. Le plus grand groupe, arrivé plus tôt et ayant perdu sa langue et sa culture, s’appelle « romungro », c’est-àdire Tziganes-Hongrois, dont la majorité se distingue même à ce jour du reste des Tziganes. La majorité de l’autre groupe est venue des territoires roumains au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle. Ils parlent leur langue maternelle tzigane et, en raison de leur provenance, on les appelle «Tziganes valaques». Il existe encore un troisième groupe peu nombreux qui sont les «Tziganes beás», installés surtout dans le Sud-Ouest de la Hongrie, parlant des dialectes archaïques de la langue roumaine. De plus, on a pu observer une immigration peu importante jusqu’à la deuxième guerre mondiale.

Avant l’occupation allemande du 19 mars 1944, les arrêtés policiers et prophylactiques servant à l’oppression des Tziganes dont le nombre était alors estimé à 200 mille personnes, ont tout d’abord visé les membres des groupes nomades.
Cependant, à partir du printemps 1944, la « solution de la question Tzigane » a abouti à un génocide réel. Selon les recherches, le nombre des personnes exterminées lors de l’holocauste rom est d’au moins 5000, mais certaines estimations avancent le chiffre de 30 mille victimes.

La période démocratique entre 1945 et 1948 a apporté un changement positif dans les relations des Tziganes avec la société majoritaire. Cependant, dans le domaine économique, le partage des grandes propriétés a entraîné l’aggravation de la situation des Tziganes parce que celui-ci marqua pour eux la perte d’une possibilité de
travail. La plupart de ceux-ci fut exclue de la réforme agraire, bien que précédemment la subsistance de beaucoup de gens fût issue du travail
agricole.
Lors de la reconstruction suivant la deuxième guerre mondiale, puis au cours de l’industrialisation forcée, leur emploi s’est amélioré, mais la grande majorité n’a été employée que comme manoeuvres.

En 1957, on a organisé sur le modèle des autres associations nationales l’Association Culturelle des Tziganes de Hongrie dont le but était de recréer et de renouveler la littérature, la musique et les autres arts d’origine tzigane et d’aider à la conservation de la langue ancestrale. L’Acte de fondation formulait également la nécessité générale de créer des emplois, de scolariser la population, d’améliorer les conditions sanitaires et les conditions devie. Essentiellement, tous les buts de ce document visaient à faire accepter le statut de minorité nationale, mais le pouvoir l’accueillit avec défiance.
Ainsi, le fonctionnement de l’Association s’est de plus en plus limité au traitement des plaintes individuelles ce qui a démontré l’immense besoin d’une organisation pour la protection des intérêts. Malgré tout, l’Association ne put rester active que jusqu’en 1961.


La résolution du Parti Ouvrier Socialiste Hongrois, parti communiste, prise en 1961, a déterminé les principes de base de la politique tzigane pour les décennies suivantes.
La résolution a défini le problème tzigane, non du point de vue ethnique, mais du point de vue social: « Dans la politique pratiquée vis-à-vis de la population tzigane, il faut partir du principe que malgré une certaine spécificité ethnographique propre, elle ne constitue pas une minorité nationale. » « Nombreux sont ceux qui considèrent ce problème comme une question de minorité nationale et proposent de développer la « langue tzigane », d’établir des écoles et des collèges en langue tzigane, des coopératives agricoles tziganes, etc.
Ces opinions sont non seulement fausses mais aussi néfastes puisqu’elles conservent l’isolement des Tziganes et retardent leur intégration sociale. »
La décision a donc reflété la recherche de l’assimilation par le parti communiste, se traduisant par la « gestion de crise sociale ».


Les données crédibles relatives aux conditions de vie des Tziganes ont été fournies - pour la première fois depuis longtemps - par l’enquête nationale réalisée en 1971.
Cette année-là, 320 mille Roms vivaient en Hongrie; 71 pour cent d’entre eux étaient de langue maternelle hongroise, 21 pour cent de langue maternelle tzigane et moins de 8 pour cent de langue maternelle
roumaine.
Deux tiers de la population tzigane habitaient les „bidonvilles” situés à la périphérie des villes et des villages.
Grâce à l’industrialisation des années 1950 et 1960, le taux d’emploi des hommes tziganes en âge de travailler était de 85 pour cent en 1971.

Bien qu’une décision politique ait accéléré la liquidation des „bidonvilles”, les appartements au confort rudimentaire nouvellement construits n’ont constitué que des habitats séparés occupés par les seuls Tziganes.
Dans les années 80, le projet d’Etat de construction d’habitations s’est ralenti, puis s’est définitivement arrêté sans avoir résolu le problème du logement des Tziganes.

En 1971, environ 60 pour cent des enfants tziganes allaient à l’école maternelle, 50 pour cent avait déjà terminé l’école primaire et le collège, de plus en plus d’entre eux avait appris un métier et le nombre de lycéens avait aussi augmenté. Mais fréquemment l’enseignement des enfants tziganes était dispensé dans des classes séparées ou bien, en invoquant leur « déficience », on les faisait participer à un programme d’enseignement spécialisé.
La première génération d’intellectuels tziganes qui obtinrent des succès surtout dans le domaine des arts et de l’éducation populaire, s’est également développée. Parallèlement aux changements favorables, les préjugés ouverts et dissimulés ont continué à exister et, concernant les Tziganes, les médias ont fermement maintenu le stéréotype du Rom fainéant et criminel.

L’ascension sociale, commencée par des succès spectaculaires mais bâtie sur des bases instables, s’est effondrée à la suite du changement de régime de 1990.
L’industrie du bâtiment et l’industrie minière donnant du travail à la plupart des Tziganes étaient en crise. Ce sont aussi les Tziganes accomplissant le travail nécessitant le moins de compétence professionnelle, employés surtout comme manoeuvre, qui furent les premiers à devenir inutiles dans les sociétés privatisées. En peu de temps, le niveau de vie de la majorité des familles tziganes a reculé jusqu’à son niveau antérieur plusieurs décennies parce que leur manque de formation professionnelle réduisait leurs chances de trouver du travail; de plus, les préjugés à l’encontre des Tziganes se sont renforcés dans certaines couches sociales.

Dans la première moitié des années 1990, les phénomènes de discrimination se sont multipliées dans le domaine de l’enseignement, de
l’emploi et du logement. Les attaques des groupements antidémocratiques, apparus dans cette période, ont visé les Tziganes de Hongrie.
Cependant, le réveil politique et le développement d’organisations en vue de l’autodétermination des Tziganes remontent aussi à l’époque suivant le changement de régime. Au premier cycle parlementaire après le changement de régime, l’Assemblée nationale comptait trois députés qui déclaraient ouvertement leur origine tsigane. L’augmentation du nombre des organisations civiles tsiganes a suscité l’espoir: à la fin de 1991, on en enregistrait déjà officiellement 96 et, bien que leur fonctionnement soit souvent gêné par des difficultés financières, en 2001 le nombre des organisations civiles tsiganes se montait à 260.

Source ministère des affaires étrangères hongrois


Pipacs

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MessageSujet: Re: Histoire et situation sociale des tziganes en Hongrie   04.10.05 19:44

sunny j'espère que je ne vais pas te vexer, pipacs, si j'ajoute ceci:
les tsiganes forment un peuple indo-européen d'origine indienne. il s'agit des "Kshattriyas", qui, venus du nord de l'inde, sont arrivés en grèce au 9e siècle. puis, au 13e, les rajputs les ont rejoints. ensemble, ils ont formés la "romani cel", le peuple tsigane.mais ils se nomment eux-même la "romané chavé" càd fils de rom (héros de l'épopée indienne Ramanaya).
gitan : à leur arrivée en grèce, au 9e siècle, les tsiganes se sont regroupés dans le péloponnèse, au pied du mont Gype. par la suite, les voyageurs italiens appelèrent ce lieu "petite égypte" et leurs habitants "égyptiano". le même mot a donné "gitan" en espagne,portugal et en france et gypsy en grande bretagne.
le terme manouche vient du mot tsigane "mnouch" qui signifie "homme". on dit qu'il servait à désigner les moustaches que portaient bien des tsiganes.
il existe une quinzaine de variétés de langues tsiganes. 60% du vocabulaire de base est hérité du hindi et du rejasthani.


sources : Michel Malherbe. "les langages de l'humanité". Robert Laffont. coll° Bouquins. 1995 Sleep
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MessageSujet: Re: Histoire et situation sociale des tziganes en Hongrie   04.10.05 19:46

je voulais aussi te dire que je trouve tes posts très intéressant et les photos qui les agrémentent sont très belles. Wink
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MessageSujet: Re: Histoire et situation sociale des tziganes en Hongrie   04.10.05 21:06

Very Happy non pas question de me vexer, je trouve au contraire passionnantes ces origines là, et artistiquement je connais un artiste qui à travers sa musique , ses spectacles résume bien ce métissage et les influences originelles de cette musique nomade, il s'agit de Thierry "titi" Robin, artiste français présent au Budapest Sziget cette année avec "sa" chanteuse indienne, de la musique tzigane aux sources là, et dans sa diversité!!! découvrez le ici

Post en cours

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MessageSujet: Re: Histoire et situation sociale des tziganes en Hongrie   04.10.05 21:56

ah oui titi robin et gulabi sapera sa danseuse indienne. c'est un duo d'artistes fascinant. j'aime la voix de cette femme, et son histoire incroyable. la connais-tu?? sunny
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MessageSujet: Re: Histoire et situation sociale des tziganes en Hongrie   05.10.05 0:04

De toute façon, moi je ne connais pas... Sad

Alors, raconte ! Idea

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MessageSujet: Re: Histoire et situation sociale des tziganes en Hongrie   05.10.05 11:44

je ferai, si ça vous intéresse, un post sur gulabi sapera ce week end, car je n'aurai pas le temps avant! d'accord? sunny
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MessageSujet: Re: Histoire et situation sociale des tziganes en Hongrie   05.10.05 17:45

djilia a écrit:
je ferai, [...] un post sur gulabi sapera d'accord? sunny
C'est quand tu veux, quand tu peux!
Bien sûr que ça nous intéresse! Very Happy

Elöd I love you I love you

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